La dengue se signale en Côte d’Ivoire

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La dengue touche pour le moment le district sanitaire de Cocody-Bingerville

Après le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire est officiellement touchée par la dengue. Un premier cas confirmé a été enregistré dans le district sanitaire de Cocody-Bingerville et une vingtaine de cas suspects font l’objet d’analyses par l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire : les résultats sont toujours attendus.

C’est le 28 avril que l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire a confirmé un cas de dengue dans le pays. Ce n’est pas la première fois que la dengue est déclarée en Côte d’Ivoire. Le virus de la dengue existe sous 4 sérotypes et celui isolé en Côte d’Ivoire est du type 3, un sérotype récemment reporté en Afrique de l’ouest et connu pour sa sévérité, surtout chez les moins de 15 ans.

La dengue est une maladie virale transmise par des arthropodes et donc appelée arbovirose. Il s’agit d’une catégorie de virus transmis essentiellement par des arthropodes du genre Aedes (moustique diurne). La dengue est de la même famille que le virus Zika et la fièvre jaune, deux maladies virales transmises aussi par Aedes et déjà bien connues en Afrique.

Contrairement à la maladie à virus Ebola où la mesure de fermeture des frontières a suffi à protéger la Côte d’Ivoire, il va falloir un plan concret de prévention et de sensibilisation. La récente épidémie de dengue au Burkina Faso doit être un sujet d’inquiétude et de prise de conscience pour les autorités ivoiriennes bien trop souvent habitués aux discours qu’aux actions concrètes. Pour le moment « les choses semblent bien contenues et tout est mis en œuvre pour éviter une propagation à Abidjan et dans le pays », a indiqué le ministre Bruno Koné porte-parole du gouvernement ivoirien au terme du conseil des ministres du 3 Mai 2017.

Dire que « les choses semblent bien contenues » au regard du vecteur de la maladie est une erreur d’appréciation ! Le Gouvernement ivoirien est loin de s’imaginer le nombre de moustiques potentiellement porteurs du virus qui passent d’une maison à l’autre. En lieu et place de propos politiques, une campagne de démoustication d’urgence dans le district sanitaire touché par la dengue aurait été plus rassurante.

Il est indispensable pour la Côte d’Ivoire d’avoir dès à présent un plan de riposte clair. Car au Burkina Faso, quelque 2.000 cas de dengue ont été signalés dans les 12 districts sanitaires de Ouagadougou en 2016-2017 (source OMS). La lenteur dans la riposte a laissé le soin à la maladie de se propager aux régions du Sahel au nord et celle des Hauts-Bassins à l’ouest. Ceci est la preuve qu’à partir d’un cas avéré ou suspect, la maladie peut gagner tout le pays. Le premier cas de dengue a été signalé au Burkina au début du 20ème siècle mais selon les spécialistes de la santé, c’était la première fois que la maladie prend des proportions aussi importantes.

L’infection virale qu’est la dengue entraîne classiquement fièvre, maux de tête, douleurs musculaires et articulaires, fatigue, nausées, vomissements et éruptions cutanées. La guérison survient généralement en une semaine.

« Il existe cependant des formes hémorragiques ou avec syndrome de choc, rares et sévères, pouvant entraîner la mort. Il n’existe pas de traitement spécifique antiviral pour la dengue bien que des vaccins soient en cours de développement. La prise en charge des cas repose donc sur un traitement symptomatique à base de médicaments contre la fièvre et la douleur » indique Thierry Baldet entomologiste médical, spécialiste des maladies vectorielles.

La dengue pouvant en de rares cas évoluer vers une forme hémorragique, la prise d’antiagrégants plaquettaires comme l’aspirine est à proscrire préconise Thierry Baldet. Sur ce point, il est donc important dès à présent d’informer les populations pour éviter les cas d’automédication. La prévention collective contre la dengue reste une alternative importante dans le plan de riposte. Elle repose sur la lutte contre les moustiques vecteurs Aedes par élimination des gites larvaires domestiques, pulvérisations d’insecticide et sur les mesures de protection préventives individuelles contre les piqûres de moustiques (répulsifs, moustiquaires…).

Notons qu’à ce jour, un vaccin est en cours de mise sur le marché dans un certain nombre de pays notamment en Asie et en Amérique où la dengue frappe le plus. Ce vaccin n’offre pas de protection totale contre l’infection mais empêche l’évolution vers des cas graves d’où son utilisation pour l’instant limitée aux régions ou la maladie fait rage. D’autres candidats vaccins sont en cours de développement.

SUY Kahofi

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