Azuretti, un village menacé par l’avancée de la mer

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De nombreuses maisons en bordure de mer ont été abandonnées

Azuretti, village côtier situé à proximité de la ville historique de Grand-Bassam, risque de disparaître dans quelques années si rien n’est fait pour contrer l’avancée inquiétante de la mer.

Le village d’Azuretti, généralement pris d’assaut les week-ends pour ses plages reposantes, est aujourd’hui menacé de disparition à cause de l’érosion côtière. Ici, l’avancée fulgurante de la mer inquiète sérieusement les habitants, comme le souligne le chef du village, Jules Manzan.

« Nous ressentons le changement climatique », explique-t-il aux participants du 11ème atelier annuel du Réseau Climat et Développement (RCD) venus toucher du doigt cette réalité ce vendredi 26 mai 2017.

« La mer, c’est un trésor pour nous mais en même temps, c’est un souci », fait remarquer l’autorité traditionnelle, qui s’est réjoui de cette visite. Azuretti est durement frappé par l’érosion côtière. Les six lignées de cocotiers, qui étaient sur la plage et distantes de 5 mètres chacune, ont été progressivement englouties. Seule la dernière rangée est aujourd’hui visible…mais jusqu’à quand ?

Le terrain de football du village, qui se trouvait avant ces cocotiers, a aussi disparu il y a quelques années. A certaines périodes de l’année, comme aux mois de juillet et août par exemple, les vagues atterrissent même dans les habitations des villageois. D’ailleurs, quelques maisons situées à une dizaines de mètres de la mer ont été abandonnées. Face à la situation alarmante, les populations de ce village touristique sont menacées de déguerpissement si rien n’est fait.

« D’ici 50 ans, Azuretti n’existera plus », prévient Jules Manzan. D’autant plus que, rappelle-t-il, « la maison où je suis né à Grand-Bassam a été englouti par la mer aujourd’hui ».

En outre, l’avancée spectaculaire de l’océan atlantique a fortement fragilisé les activités économiques. La disparition des cocotiers a entrainé des pertes de revenus pour les femmes qui commercialisent les noix de coco. La pêche, activité principale à Azuretti, est quasiment impraticable. Une situation difficile pour les villageois.

« Il n’y a plus de revenus. Alors quelqu’un qui n’a plus de revenus, comment il va faire pour vivre ? », s’interroge Claude Aliman, pêcheur.
« Aujourd’hui, on a 3 à 5 mois de pêche dans l’année. Ça fait trois mois qu’on n’a pas pêché. C’est hier [jeudi] qu’on a repris. Aujourd’hui [vendredi], on va encore essayer », explique-t-il.

Le chef du village rappelle même qu’une année la pêche n’a duré que 13 jours « parce que la mer ne le permettait pas ».

L’autre difficulté, c’est que ce village est cerné par la mer et la lagune, qui est à environ 400 mètres de l’océan. « Donc le village se retrouve finalement coincé sur ce petit territoire et c’est vraiment inquiétant », alerte le Coordonnateur du RCD, Joseph Yaovi Kogbé.

Malgré la détresse de ces communautés, aucune solution ne leur été proposée jusque-là. Les habitants se sentent « abandonnés ». « J’espère que grâce à vous, on pourra faire quelque chose pour nous », a exprimé le chef du village d’Azuretti à l’endroit de visiteurs. La délégation du Réseau Climat et Développement, qui a échangé séparément avec trois groupes représentant le village (chefferie, femmes et hommes) pour comprendre leurs difficultés et préoccupations, s’est engagée à faire entendre la voix des communautés.

« Nous allons capitaliser toutes les informations que nous avons reçues. Nous allons les partager dans nos différents pays y compris la Côte d’Ivoire. Nous allons les porter jusqu’au niveau international pour que la communauté internationale sache comment la situation du changement climatique se vit dans les différents pays, notamment dans cette communauté », a assuré Joseph Yaovi Kogbé.

Les populations d’Azuretti ont été invitées à s’organiser davantage, de concert avec les autres communautés affectées par l’érosion côtière, pour porter leurs préoccupations aux autorités. Des propositions pour mieux s’adapter à ce phénomène leur ont été faites, en attendant des solutions durables.

Anderson Diédri

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