One Health une stratégie vitale face aux crises sanitaires du XXIᵉ siècle

One Health une stratégie vitale face aux crises sanitaires du XXIᵉ siècle
One Health une stratégie vitale face aux crises sanitaires du XXIᵉ siècle

L’Afrique, continent marqué par une forte interaction entre populations humaines, animaux domestiques et milieux naturels, se trouve à la croisée des chemins en matière de santé publique. Alors que la pandémie de Covid-19 a rappelé au monde entier les risques liés aux maladies émergentes, une approche intégrée – connue sous le nom de One Health (ou « Une seule santé ») – apparaît aujourd’hui comme essentielle pour la sécurité sanitaire, le développement économique et la résilience sociale des pays africains.

Plus de 60 % des maladies infectieuses humaines émergentes proviennent d’animaux, qu’ils soient sauvages ou domestiques, et 75 % des nouveaux agents pathogènes identifiés au cours des trois dernières décennies ont une origine animale. Cette réalité se retrouve en Afrique où la cohabitation étroite des hommes et des animaux, combinée à des défis environnementaux, accroît le risque de propagation de maladies comme la fièvre de la vallée du Rift, la rage, l’Ebola ou encore l’anthrax.

Selon une méta-analyse, les zoonoses d’origine virale issues de chauves-souris observées en Afrique ont un taux de létalité de 61 %, illustrant la gravité des risques sanitaires lorsqu’un agent infectieux franchit la barrière inter-espèces. La rage, l’une des zoonoses les plus évitables, continue de tuer environ 21 000 personnes par an sur le continent, affectant surtout les zones rurales pauvres où l’accès aux soins post-exposition reste limité.

Les coûts des maladies infectieuses dépassent largement les pertes sanitaires : depuis 2003, les pandémies et épidémies mondiales ont causé plus de 15 millions de décès et 4 000 milliards de dollars de pertes économiques, en grande partie liées à l’absence de prévention intégrée à l’interface humain-animal-environnement.

Pour l’Afrique, ces chiffres se traduisent par des pénalités économiques directes et indirectes : effondrement des revenus agricoles lors d’épizooties, interventions sanitaires coûteuses et pertes de productivité dues aux maladies humaines. Le cas de la peste bovine, de la fièvre aphteuse ou de l’influenza aviaire, bien que moins médiatisé que le Covid-19, illustre l’impact sur les marchés locaux, l’exportation et la sécurité alimentaire.

Plus généralement, la Banque mondiale estime que l’adoption de l’approche One Health pourrait générer au moins 37 milliards de dollars de bénéfices par an à l’échelle mondiale, alors que les investissements requis pour la prévention représentent moins de 10 % de ces gains potentiels.

One Health : une nécessité sociale et économique avant tout

Des analyses économiques montrent que prévenir les zoonoses et renforcer la coordination entre secteurs coûte bien moins cher que réagir aux crises. Par exemple, les programmes de vaccination animale contre la rage – un élément clé de l’approche One Health – permettent d’éviter des milliers de cas humains et économisent des milliards en soins et traitements post-exposition.

Dans le secteur agricole, les pertes dues à des épizooties comme la peste porcine africaine ont été estimées à plus de 130 milliards de dollars globalement depuis 2018, affectant durablement les économies rurales. Une coordination durable entre santé animale, santé humaine et surveillance environnementale pourrait réduire ces fluctuations et préserver les moyens d’existence des petits exploitants.

Au-delà des maladies infectieuses, One Health s’impose aussi face à des défis comme la sécurité sanitaire des aliments, la lutte contre les résistances antimicrobiennes, la gestion des ressources en eau et les effets du changement climatique sur la santé humaine et animale. L’approche intègre ces dimensions pour éviter les crises alimentaires et les contaminations massives à l’origine de diarrhées, de choléra ou d’intoxications alimentaires.

Plusieurs institutions africaines et la Quadripartite formée par l’OMS, la FAO, le PNUE et l’OMSA ont récemment réaffirmé que la mise en œuvre d’une stratégie One Health est fondamentale pour améliorer la préparation, la détection et la réponse aux menaces sanitaires, tout en protégeant les écosystèmes fragiles et la biodiversité.

Le défi reste cependant considérable : la fragmentation institutionnelle, les limites budgétaires et l’insuffisance des systèmes de surveillance dans de nombreux pays africains entravent encore l’intégration effective de cette approche.

Dans un monde où les interactions entre humains, animaux et milieux naturels deviennent toujours plus complexes, l’Afrique ne peut ignorer que séparer les politiques de santé humaine, animale et environnementale reviendrait à ignorer les racines mêmes des crises sanitaires. L’approche One Health n’est pas seulement une stratégie technique : c’est une réponse structurante aux défis multidimensionnels du XXI siècle, capable de sauver des vies, de protéger des économies et de promouvoir un développement durable sur un continent en pleine transformation.