Ces africains morts pour Moscou en Ukraine
La guerre qui oppose la Russie à l’Ukraine depuis février 2022 n’est pas seulement un conflit européen : elle est devenue un théâtre international où des centaines de jeunes Africains se retrouvent piégés, enrôlés par Moscou pour combattre loin de chez eux. Selon les autorités ukrainiennes et des enquêtes indépendantes, plus de 1.400 ressortissants africains ont été recrutés dans les rangs de l’armée russe ou des formations liées à Moscou, dans un phénomène qui soulève de profondes inquiétudes humanitaires et diplomatiques.
Selon un rapport
du collectif d’investigation All Eyes on Wagner (AEOW), au moins 1 417
Africains originaires de 35 pays ont été enrôlés par la Russie entre janvier
2023 et septembre 2025. Parmi eux, plus de 300 sont déjà morts au combat,
souvent peu de temps après leur arrivée sur les lignes de front. Les
contingents les plus importants proviennent de l’Égypte (361 engagés, 52
morts), du Cameroun (335 engagés, 94 morts) et du Ghana (234 engagés, 55 morts).
A ce jour, 11 ivoiriens ont été recrutés et 3 d’entre eux sont décédés. Les données disponibles
montrent une progression du recrutement africain.
Ces
statistiques, bien qu’incomplètes (les autorités russes ne publient pas leurs
propres données fiables), donnent un ordre de grandeur du phénomène : près de 1
436 combattants africains identifiés par Kiev en fin 2025, provenant de 36 pays
différents. Les combattants viennent d’une très large zone du continent, avec
des nationalités recensées notamment au Nigeria, au Cameroun, au Ghana, au
Sénégal, au Togo, en Somalie, en Ouganda, en Sierra Leone, au Rwanda, au
Burundi ou encore en République démocratique du Congo.
Un cas éclatant
est celui du Cameroun, considéré comme l’un des principaux pays pourvoyeurs
selon les listes publiées récemment. 335 Camerounais recensés et au moins 94
morts au combat, un taux de mortalité particulièrement élevé.
Même des pays
isolés géographiquement du cœur du conflit sont touchés. Des sources
ukrainiennes ont confirmé le décès récent de deux ressortissants nigérians
servant au sein du 423e régiment russe, tués dans la région du Donbass en fin
2025.
Les autorités
ukrainiennes ont dénoncé de façon répétée les méthodes utilisées par Moscou
pour attirer ces combattants. Selon Andrii Sybiha, le ministre ukrainien des
Affaires étrangères, des contrats militaires sont souvent présentés comme des
opportunités d’emploi lucratives, avec des promesses de salaires élevés, de
soutien familial ou même de naturalisation russe, promesses qui s’avèrent
souvent fallacieuses une fois signées.
D’autres
enquêtes montrent que certains candidats sont trompés ou manipulés, parfois
sans comprendre la langue ou les implications du contrat qu’ils signent, avant
d’être envoyés directement au front sans formation adéquate. L’implication de
jeunes Africains dans un conflit comme celui-ci a provoqué des réactions dans
plusieurs capitales africaines. Par exemple, le gouvernement sud-africain a
confirmé l’enquête et cherche à rapatrier ses citoyens, après avoir reçu des
appels de familles désespérées.
Plusieurs États
africains ont exprimé leur préoccupation officielle, dénonçant l’enrôlement de
leurs ressortissants dans une guerre qui ne les concerne ni géopolitiquement ni
historiquement. Certains gouvernements ont rappelé leurs ressortissants et mis
en garde contre toute forme de recrutement ou de passage par des agents tiers
qui pourraient les piéger avec de fausses promesses.
Les chiffres
montrent l’ampleur du risque mortel pour ces combattants étrangers. Sur les
plus de 1 400 Africains identifiés, au moins 300 ont été confirmés morts, et un
nombre indéterminé reste porté disparu ou gravement blessé. Pour les familles
restées sur le continent, ces décès résonnent comme des drames humains
profonds, souvent associés à des conditions socio-économiques difficiles qui
ont rendu ces jeunes vulnérables aux stratégies de recrutement.
Ce recrutement
soulève des questions à la fois éthiques, juridiques et politiques sur la
manière dont des États ou des acteurs armés exploitent la vulnérabilité
économique de populations lointaines pour renforcer un effort militaire coûteux
en vies humaines. Des pays comme le Kenya et l’Afrique du Sud ont demandé à
Moscou d’œuvrer au retour de leurs ressortissants.