La station de traitement de la Mé redessine l’accès à l’eau potable à Abidjan
Au nord-est du District autonome d’Abidjan, au cœur du village de Kongofon dans la sous préfecture de Brofodoumé, s’étend sur huit hectares une infrastructure qui transforme profondément la sécurité hydrique de la capitale économique : la station de traitement d’eau potable de La Mé. Mise en service en 2021 et inaugurée officiellement le 16 juin 2023, elle est devenue en quelques mois un maillon stratégique essentiel pour plusieurs millions d’habitants.
Le
district d’Abidjan, fort de plus de 6,3 millions d’habitants, voyait depuis des
années la demande en eau augmenter plus vite que sa capacité de production. Les
projections tablaient sur une demande de 860 000 m³/jour en 2025 et 1,1 million
m³/jour en 2030, laissant entrevoir un déficit inquiétant pouvant atteindre 460
000 m³/jour.
Ce
contexte a motivé le gouvernement à engager une diversification des sources
d’approvisionnement, jusque-là essentiellement basées sur la nappe phréatique.
La station de La Mé est ainsi devenue le premier projet d’envergure utilisant
l’eau de surface pour alimenter massivement le Grand Abidjan, un tournant
majeur après des décennies de dépendance aux eaux tirées du sous-sol.
Conçue
pour être l’une des plus vastes installations d’eau potable de la région, la
station de traitement d’eau potable de La Mé affiche une capacité de production
de 240 000 m³ par jour, certaines phases du projet poussant même jusqu’à 259
000 m³/jour selon l’opérateur PFO Africa. Cette performance repose sur un
dispositif complet composé d’un ouvrage de prise d’eau dans la rivière La Mé,
d’une usine de potabilisation dotée de technologies avancées, conçue avec
l’assistance technique de Veolia et d’une canalisation de 28 à 30 km (1400 mm
de diamètre) reliant l’usine au réseau du district d’Abidjan.
A
ces premiers éléments s’ajoute deux châteaux d’eau d’une capacité de 5 000 m³
chacun. L’ingénierie civile a été assurée par BESIX, acteur international
reconnu, dans le cadre d’un partenariat public-privé piloté par le ministère de
l’Hydraulique. Les effets de cette station sont visibles, concrets, immédiats.
Plus de 1 million de ménages bénéficient aujourd’hui d’une desserte améliorée
grâce à La Mé. À terme, ce sont 2 millions de personnes du District autonome
d’Abidjan qui verront leur accès à l’eau potable sécurisé, notamment dans les
communes densément peuplées comme Abobo ou Yopougon.
« La
mise en service de cet ouvrage a considérablement amélioré la desserte en eau
dans le District d’Abidjan. Plus d’un million de ménages sont aujourd’hui
alimentés par cette usine, qui contribue également à l’amélioration de la
qualité de l’eau distribuée », explique Kobenan Koffi, chef de service à la
station.
Pour
la première fois, l’eau de surface, abondante mais exigeante en traitement,
permet de soulager une nappe phréatique qui n’arrivait plus à suivre la
croissance urbaine. Avant La Mé, toute la ville dépendait exclusivement des
eaux souterraines. Ce changement structurel réduit les risques de pénuries,
stabilise les pressions sur les forages et améliore globalement la qualité du
service.
La
station de La Mé ne se limite pas à un ouvrage hydraulique. Elle incarne une
vision politique. L’ancien Premier ministre, Patrick Achi, l’a présentée comme
un symbole de la « Côte d’Ivoire solidaire et moderne », en phase avec
le programme gouvernemental « Eau pour Tous » inscrit dans le PND
2021–2025. La station s’inscrit également dans un continuum d’investissements
destinés à renforcer les réseaux, construire de nouveaux châteaux d’eau et
sécuriser l’accès à l’eau sur l’ensemble du territoire.
Le
chantier a également été un moteur économique ponctuel, générant plus de 600
emplois durant sa phase de réalisation. Au-delà de la réponse à l’urgence, La
Mé pose les fondations d’une résilience hydrique à long terme pour le district
d’Abidjan. Dans un contexte de pression démographique soutenue, de variabilité
climatique accrue et de risques de stress hydrique, disposer d’une installation
capable de produire quotidiennement près d’un quart de million de mètres cubes
d’eau constitue un atout majeur.
La
station de traitement d’eau marque donc un changement technique, structurel et
symbolique. Technique, par la modernisation des modes d’alimentation ;
structurel, par la sécurisation durable de l’approvisionnement et symbolique,
par la démonstration que l’État ivoirien investit massivement dans les
infrastructures de base.
La
Côte d’Ivoire est un pays relativement bien drainé avec quatre grands fleuves
qui s’écoulent du nord vers le sud permettant des activités socio-économiques
comme l’agriculture, la pêche, la production hydro-électrique et
l’approvisionnement en eau potable. Cependant, le changement climatique réduit
le débit de ces cours d’eau faisant planner une pression sur les ressources en
eau disponibles notamment pour des grandes agglomérations. La station de
traitement d’eau potable de La Mé est une réponse à ce défi. Elle est bien plus
qu’un ouvrage hydraulique : elle est un pilier stratégique pour le
district d’Abidjan et un levier de développement social. En modifiant
profondément le schéma d’alimentation en eau d’Abidjan, elle redéfinit l’avenir
de millions de personnes et s’impose comme l’un des projets les plus
structurants de la décennie en Côte d’Ivoire.